Marine Tondelier devait-elle aller au Dîner des bâtisseurs ?

Critique de la présence de Marine Tondelier au Dîner des bâtisseurs : la lutte contre l’extrême-droite mérite mieux que des raccourcis sur les réseaux catholiques

Marine Tondelier s’attire les foudres de militants de gauche, jusque dans son parti EELV, pour sa participation au Dîner des bâtisseurs, en novembre dernier. Évènement mainstream du catholicisme destiné à ses décideurs et à ses influenceurs, il rassemble de fait une élite qui, par sociologie et ancrage catholique, est proche de la droite conservatrice. Des chrétiens de gauche y ont toutefois été régulièrement invités. Il y a deux ans, l’organisation avait même tenté d’en faire venir davantage – souvent refroidis par le prix exorbitant de la soirée et le risque de servir de caution à une diversité de façade. Reste que le présenter comme le « dîner de l’extrême droite catholique » (L’Humanité) est un raccourci problématique. 

Pour Le Cri, la lutte contre l’extrême droite catholique est une priorité. Mais elle ne peut se faire avec des simplifications aussi grossières. À force d’amalgamer tout catholique aux pires figures, on finit par invisibiliser les personnes qui résistent au grand basculement. Au moment de la Manif pour tous, les médias, y compris à gauche, ont ainsi effacé les nombreuses résistances, y compris chrétiennes, aux discours homophobes. La construction d’une image du catholicisme comme un bloc monolithique est un des grands objectifs de l’extrême droite catholique, et y contribuer est dangereux. 

La gauche aurait tort de ne pas s’ouvrir aux croyants dans le combat contre l’extrême droite, car ils sont aux premières loges pour observer sa progression et bâtir la riposte. Pour cela, elle devra s’intéresser à eux, pas uniquement comme des alliés de circonstance, mais en considérant leur foi avec sincérité et en faisant l’effort de comprendre les logiques propres à leurs réseaux. Irons-nous donc becter à ce fameux dîner ? Peut-être, peut-être pas. La réticence à fuir un lieu d’influence côtoie l’angoisse de servir malgré soi les intérêts d’un milieu confus. C’est complexe, c’est la vie. 

Théo Moy

Cet article est tiré du cinquième numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !

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