Née au Cameroun dans une fratrie de six enfants, Josiane grandit dans une famille profondément protestante. Sa mère, issue de l’Église évangélique du Cameroun, est la principale passeuse de cette foi familiale. La Bible est omniprésente à la maison, les cantiques rythment le quotidien et les récits bibliques accompagnent son enfance. Son père diplomate est muté à Madrid, où s’installe la famille ; dans la catholique Espagne, faute de temple protestant francophone, la pratique religieuse se poursuit au foyer. Les prédications autour de la vie après la mort et l’enfer angoissent l’adolescente : « Pendant longtemps, j’ai suivi Jésus davantage parce que j’étais terrifiée par l’enfer que par conviction de l’amour de Dieu. » Son retour au Cameroun la met en contact avec des milieux pentecôtistes plus agressifs encore, où la lecture du monde est extrêmement binaire. « Le pape est le diable », entend-elle. Les catholiques sont décrits comme égarés, la frontière entre le bien et le mal semble absolue.
Venue en France pour ses études, elle choisit cette fois consciemment de s’engager dans une Église évangélique baptiste à Lille. Pendant près de vingt ans, elle s’investit pleinement : animation de groupes de jeunes, musique, prédication, formation théologique. Josiane entretient une longue passion pour l’histoire et la culture afro-américaine, si enracinée dans le negro spiritual. Dès le collège, les biographies de Malcolm X et de Martin Luther King la bouleversent. Son lien avec l’émancipation noire se renforce avec son amour du basketball, qu’elle pratique depuis l’enfance. La musique noire-américaine — du gospel à Whitney Houston en passant par Boyz II Men, Mariah Carey ou encore les Destiny’s Child — l’ouvre progressivement à l’univers des Black Churches. À Baltimore — capitale majoritairement noire du Maryland où Josiane séjournera plus tard adulte — elle découvre des Églises qui ne séparent pas foi et engagement social. La lutte contre les discriminations raciales fait partie intégrante du témoignage chrétien. Les années 2020, marquées par le mouvement Black Lives Matter, accélèrent cette révélation : « Lorsqu’aux États-Unis des Églises noires descendent dans la rue après les violences policières ciblées contre des personnes noires, les Églises françaises se taisent. » À ses yeux, une partie du protestantisme français confond la séparation de l’Église et de l’État avec une séparation de l’Église et de la société. Elle dénonce des prises de parole publiques se limitant souvent à des sujets comme l’avortement ou la fin de vie, tandis que le racisme, la pauvreté ou les violences policières restent largement tues.
Les lectures de Josiane Ngongang changent. Les théologies de la libération africaines, latino-américaines et afro-américaines deviennent une source d’inspiration. Son regard sur les Églises de réveil, qu’elle fréquentait autrefois, devient de plus en plus critique. Si elle reconnaît l’élan missionnaire de leurs débuts, elle estime que beaucoup sont devenues des structures au service d’une logique de prédation économique et d’un pouvoir pastoral difficilement contestable. Des Églises qui, estime-t-elle, entretiennent une vision très hiérarchique de la société, renforçant le patriarcat et nourrissant une obsession autour des attaques démoniaques, détournant ainsi le regard des injustices systémiques du monde : « C’est un Évangile de l’empire, pas un Évangile des opprimés. Un colonial gospel en black face. » Depuis deux saisons, elle anime I Have a Dream, un podcast produit par le média Regards protestants consacré à la justice sociale. Avec ses invités, elle y aborde sans détour le racisme, la colonisation, l’identité, la foi ou encore les théologies de la libération. Celle qui ne se définit plus comme une évangélique dit avoir déplacé sa foi et ses préoccupations d’un salut individuel à une libération pour tous.





