Depuis trois ans, Jérémie Claeys tend un micro à celles et ceux qui ne trouvent plus leur place dans les Églises évangéliques. Avec son podcast Hérétique ?, il a accompagné des centaines de croyants traversant une période de doute ou de « déconstruction » de leur foi. L’aventure s’achèvera à la fin de l’année avec un ultime épisode enregistré cet été au Festival des poussières. Intitulé « Après la déconstruction : de l’exil à la renaissance vers l’engagement », il réunira Josiane Ngongang, Nathanaël Bancel et Lucie Sharkey. « J’ai fait le tour de la question, explique Jérémie Claeys. J’ai envie de quelque chose de plus concret. Je veux quitter la communication pour l’action. »
L’histoire de Jérémie commence dans un évangélisme conservateur. Il grandit au cœur de la purity culture (voir Le Cri 9, p. 64), fréquente des Églises influencées par la Nouvelle Réforme apostolique, un courant très présent dans certains milieux pentecôtistes, et adhère pleinement à cet univers. « J’étais un pur produit de cette culture », résume-t-il. Mais peu à peu, une fracture s’installe. Plus il relit les Évangiles, moins il reconnaît Jésus dans certaines prises de position de son milieu. Les questions du féminisme, de l’inclusivité des personnes LGBT+ ou encore du rapport au pouvoir deviennent incontournables, et l’élection de Donald Trump agit comme un révélateur.
« Dans la cacophonie évangélique, je n’entendais plus la voix de Jésus. » Au fil de ce cheminement, Jérémie découvre surtout une immense solitude. Il a le sentiment d’être « le cul entre deux chaises » : trop critique pour une partie des évangéliques, encore trop croyant pour ceux qui ont quitté la foi. Hérétique ? est né de cette expérience.
Son ambition n’a jamais été de devenir le porte-voix de la déconstruction, mais d’offrir un espace où chacun puisse réfléchir librement. Il décrit volontiers son podcast comme un « rond-point ». Un espace où l’on ralentit, où l’on prend le temps de regarder autour de soi avant de reprendre sa route. Certains y trouvent les ressources pour quitter le christianisme, d’autres découvrent, au contraire, qu’il existe dans ce milieu « une grande maison avec beaucoup plus de pièces qu’on ne le croyait ».
Si Jérémie a pris ses distances avec la culture évangélique, il revendique en avoir conservé certains traits. « Je veux toujours mettre en pratique le fruit de l’Esprit : la douceur, la maîtrise de soi, la gentillesse. » Longtemps peu politisé, Jérémie se sent de gauche. « Aujourd’hui, la portée politique de l’Évangile est ce qui me réconcilie avec ma foi chrétienne. Je veux sortir de la piété personnelle pour aller vers le bien commun. »
Après avoir passé trois ans à accueillir les doutes des autres, il aspire désormais à transformer les siens en engagement concret.





