« This is a moment that shall forever produce a smile. » Le mot de Patti Smith pour raconter sa rencontre avec le pape Léon cet été résume ce que beaucoup de catholiques français s’apprêtent à vivre. Du Stade de France rempli de jeunes aux Champs Élysées, de la magnifique cathédrale de Metz jusqu’à Lourdes, des centaines de milliers de croyants vont connaître la joie simple de se rassembler pour fêter une foi partagée. Le Cri en sera ! Cette visite est annoncée comme un grand événement, les médias y consacreront une très large couverture. Mais méfions-nous : rien n’indique que cette visite papale touche réellement au-delà des sphères catholiques, et encore moins qu’elle marque l’histoire. Depuis la visite de Benoit XVI en 2008 et surtout celle de Jean-Paul II en 1997 pour les Journées mondiales de la jeunesse, tout a changé. Le catholicisme est désormais en France une religion parmi d’autres, et, selon toute probabilité, la venue de son chef va susciter, avant tout, de l’indifférence.
L’attitude des fidèles et de l’institution devrait être alignée avec cette nouvelle réalité socio-religieuse. Dans ce contexte, le triomphalisme et les célébrations excessives d’un dynamisme parfois un peu imaginaire seraient bien déplacés.
Heureusement, Léon distille depuis le début de son pontificat de bonnes armes pour nous prémunir de ces dérives. Il est en particulier attentif à rappeler que l’Église se trahit lorsqu’elle abandonne sa vocation de rejoindre les autres, tous les autres, là où ils sont et comme ils sont. Non pas pour les convertir dans une logique comptable, mais d’abord pour les aimer. « Ce n’est pas à eux de venir à l’église, mais c’est à l’Église de venir à eux », traduit Lolita Quinto, une paroissienne d’une Communauté ecclésiale de base qui va à la rencontre des oubliés des périphéries de Manille, aux Philippines (voir p. 14).
Léon, dans son encyclique Magnifica humanitas, a donné une belle définition de la vocation des chrétiens dans les temps que nous traversons : « Des hommes et des femmes capables de ne pas se résigner et de persévérer dans le bien, des personnes protégeant les plus fragiles et ouvrant des voies de réconciliation. » En France, le christianisme social marche depuis deux siècles sur cette voie d’une action chrétienne inspirée par l’amour de Dieu et tournée vers nos prochaines et nos prochains. Espérons que la venue de cet Américain sensible aux exclus participe à reconnaître la richesse de cet héritage bien vivant et sa pleine légitimité.
Cet article est tiré du dixième numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !





