Ancien pasteur à l’église francilienne Hillsong, Nathanaël Bancel grandit dans un évangélisme où les grands combats politiques se jouent autour de l’avortement, de la sexualité, de la famille, et où l’on vote naturellement à droite. Alors, en 2012, il glisse dans l’urne un bulletin pour Nicolas Sarkozy. Puis viennent les études de théologie. Il se plonge dans le Sermon sur la montagne, les paraboles, les Béatitudes. Lorsqu’il ressort de ces années de formation, il vote Jean-Luc Mélenchon. « Les priorités de Jésus ne sont presque jamais celles qu’on nous enseigne dans nos Églises. Plus je lisais les Évangiles, plus je voyais un Jésus préoccupé par les injustices, les inégalités économiques et les personnes que la société met de côté. »
Cette lecture devient une boussole. « Au fond, la question que je me pose reste toujours la même : est-ce que les décisions politiques protègent réellement les plus fragiles, ou est-ce qu’elles les exposent un peu plus ? » La réponse irrigue tous ses engagements. Elle le conduit à relire la grâce comme l’antidote au culte du mérite. Si Dieu relève sans condition des êtres imparfaits, pourquoi la société laisserait-elle les plus vulnérables porter seuls le poids de leur histoire ? Elle éclaire aussi son regard sur l’immigration. Le peuple d’Israël est un peuple d’exilés, rappelle-t-il. La Bible ne cesse de demander que l’étranger soit traité avec justice, précisément parce qu’Israël a connu cette condition. « Jésus lui-même est migrant dans un pays colonisé. » La même logique l’amène à prendre ses distances avec les condamnations traditionnelles de l’homosexualité. Plus encore que le débat exégétique, ce sont les blessures laissées par certaines positions ecclésiales qui le travaillent. « Si ma position théologique crée de la honte, de l’exclusion ou de la détresse chez des personnes réelles, alors il faut avoir l’humilité de la réexaminer. » Dans les Églises évangéliques, Nathanaël sait que sa voix est minoritaire. « Dire qu’on est de droite ne surprend personne. Dire qu’on est de gauche, c’est tout de suite moins simple. »
C’est dans ce contexte que naît le projet « Mauvaises Fois », un espace de paroles sur Instagram où Nathanaël interroge, à la lumière des Évangiles, les grands débats politiques et sociétaux. Très vite, les messages affluent. Des évangéliques de toute la France lui écrivent pour lui dire qu’ils se reconnaissent dans ses prises de position. Nathanaël découvre qu’ils sont bien plus nombreux qu’il ne l’imaginait. Depuis, d’autres voix ont émergé, et cette sensibilité s’est progressivement rendue visible. « Aujourd’hui, elle fait partie du paysage évangélique, qu’on soit d’accord avec elle ou non. » Une évolution qu’il accueille avec satisfaction. « Une Église vivante, c’est aussi une Église où il peut y avoir du débat, de la réflexion et des sensibilités différentes. »





