Fracasser les clichés : l’édito du n°11

Conservateurs, les évangéliques ? À rebours des soutiens évangéliques de Trump ou Bolsonaro, nous avons donné la parole aux évangéliques de gauche, engagés dans les luttes écolos, queers, décoloniales ou anticapitalistes.

« Le terme “évangélique” est de plus en plus associé à une politique de droite radicale, incluant des dynamiques qui trouvent leur origine en dehors de notre continent. » C’est un texte passé presque inaperçu pendant l’été. Ses auteurs ? L’Alliance évangélique européenne (EEA), dont est membre le Conseil national des évangéliques de France (CNEF). 

Pour les évangéliques européens, le contexte est inquiétant. Aux États-Unis, une large partie de l’évangélisme blanc a soutenu Donald Trump et lui est désormais associé dans l’imaginaire politique. Au Brésil, Jair Bolsonaro et son fils Flávio ont eux aussi bénéficié d’un fort soutien évangélique, malgré une politique brutale contre les minorités, les peuples indigènes et l’environnement.  

La réaction de l’EEA positionne donc les Européens en contradiction avec ces mouvements qui affaiblissent les contre-pouvoirs, déshumanisent les migrants et s’en prennent aux droits des minorités… « Nous sommes affligés lorsque le christianisme, y compris l’évangélisme, est instrumentalisé à des fins politiques partisanes, disent les Européens. Pire encore est le cas où la foi est cooptée pour des projets nationalistes, xénophobes ou militaristes. La Bible ne doit jamais être utilisée pour justifier des actions qui contredisent la vie, l’exemple et les enseignements de Jésus. » 

Cette déclaration, qui ne fera hélas pas couler beaucoup d’encre, est décisive pour comprendre ce qui est en train de se jouer chez les évangéliques. Elle n’est pas seulement l’émanation de quelques responsables de culte. Elle témoigne d’une réalité qui échappe souvent au grand public : les évangéliques sont non seulement plus divers que les clichés véhiculés, mais certains sont fortement engagés sur le terrain de la justice sociale. 

Ce sont naturellement à elles et à eux que Le Cri a voulu s’intéresser. Nous sommes partis à la rencontre de ces évangéliques pas effrayés par le mot « gauche ». Ils se définissent comme écolos, queer, décoloniaux ou anticapitalistes, tout en vivant l’Évangile. 

Cette sensibilité ne date pas d’hier, elle puise son origine dans la longue histoire sociale de l’évangélisme, que retrace dans nos pages l’historien Sébastien Fath. Une histoire que « beaucoup d’évangéliques contemporains ignorent aujourd’hui », déplore notre observateur. Alors en voici un chapitre, et pas le plus triste. 

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