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Affaire Marguerat : les Églises romandes écartent le théologien le temps d’une enquête pénale 

La Conférence des Églises réformées romandes a adopté, à l’issue de son assemblée générale du 22 juin, la suspension des activités de Daniel Marguerat. Soupçonné d’abus sexuels, le nom du théologien avait été révélé dans une enquête du Cri début mai. L’ancien professeur de nouveau testament fait aujourd’hui l’objet d’une enquête pénale.

Publié le 24 juin 2026
Daniel Marguerat en 2024 ©UNIL

Deux mois après la parution de l’enquête du Cri, les Églises romandes prennent leurs distances avec Daniel Marguerat. La Conférence des Églises réformées romandes (CER), réunie lundi 22 juin à Lavaux pour son assemblée générale, a adopté des mesures conservatoires à l’encontre du théologien, soupçonné d’abus sexuels lorsqu’il était enseignant à l’Université de Lausanne, entre les années 1980 et la fin des années 2000. La CER demande aux paroisses et aux différentes institutions réformées de « ne solliciter ou poursuivre aucune collaboration publique ou institutionnelle avec M. Daniel Marguerat » et de s’engager « à se transmettre, dans le respect du cadre légal applicable, toute information pertinente concernant cette situation ». 

Ces mesures, précise le compte rendu, seront réévaluées dans un an, « ou plus tôt si de nouveaux éléments substantiels devaient intervenir ». L’inscription à l’ordre du jour de la question de Daniel Marguerat est le résultat de « la révélation publique récente de l’identité du professeur et pasteur concerné », dans le Cri début mai. Une révélation qui « a profondément modifié la situation », décrit la CER en amont de son assemblée générale. « La révélation publique récente de l’identité du professeur et pasteur concerné a profondément modifié la situation ». 

Mais un autre élément est venu appuyer la proposition, puis l’adoption, de mesures conservatoires à l’encontre du professeur honoraire. Au lendemain de la publication de l’enquête du Cri, on apprenait dans la chronique radio de RTS religion que l’Église vaudoise avait saisi le ministère public sous la forme d’un signalement, en février dernier. Daniel Marguerat est en effet reconnu pasteur au sein de l’Église réformée du canton de Vaud (EERV).

Ouverture d’une procédure pénale

La semaine dernière, la porte-parole de l’EERV, Carole Delamuraz, précisait à la RTS que « fin décembre 2025, une collaboratrice actuelle de l’EERV, étudiante à la faculté de théologie à l’époque, s’est adressée à nous pour nous rapporter des faits et nous transmettre les coordonnées d’une victime disposée, tout comme elle, à témoigner devant les autorités compétentes ». Le conseil synodal de l’EERV aurait alors monté un dossier, transmis au ministère public le 3 février. Le parquet a confirmé au quotidien suisse Le Temps qu’une enquête a été ouverte. Les premières investigations policières seraient en cours. 

Par ailleurs, « et toujours avec le consentement des deux personnes qui nous ont approchés en décembre 2025, nous avons officiellement demandé au conseiller d’État en charge de l’Université de Lausanne de diligenter une enquête interne afin de savoir ce qui s’était passé au moment des faits incriminés », complète Carole Delamuraz auprès du Cri.

Ce signalement pose cependant plusieurs questions. Car au-delà des deux victimes présumées qui ont contacté l’EERV cet hiver, il semble que le dossier transmis au ministère public vaudois comporte également des documents concernant d’autres victimes présumées. L’une d’elles a en effet expliqué au Cri avoir été informée par l’EERV, le 12 mai dernier, que son cas avait été signalé à la justice, trois mois auparavant. Elle craint que la confidentialité de son cas, qu’elle souhaite encore préserver aujourd’hui, ne soit pas respectée. 

Des gestes de familiarité maladroite

Daniel Marguerat, à qui la CER demande de renoncer, « dans le cadre des activités des Églises membres de la CER, à toute collaboration liée à son statut pastoral ou professoral » reste présumé innocent. Le théologien avait sollicité une intervention au cours de l’assemblée générale, puis la lecture d’une lettre, qui lui ont toutes deux été refusées. Son texte a tout de même été transmis au journal Le Temps: « Si j’ai eu des gestes de familiarité maladroite, je présente mes excuses, publiquement, et je demande pardon. […] Jamais je n’ai fait preuve de contrainte ou de violence, physique ou sexuelle. » écrit Daniel Marguerat, en précisant qu’il y a 30 ans, « certaines limites n’étaient pas perçues comme elles le sont aujourd’hui ». L’enquête du Cri a tout de même montré que, 30 ans avant MeToo, plusieurs signalements ont été réalisés. 

Si, en Suisse, les Églises commencent à prendre des précautions vis-à-vis du théologien, ce dernier, célèbre pour ses ouvrages sur la vie de Jésus et de Saint-Paul, a continué ses activités en France ces dernières semaines. Après un voyage en Grèce organisé par l’agence Bipel et proposé aux lecteurs des titres du groupe Bayard début juin, le professeur honoraire de Nouveau Testament a terminé cette semaine un cycle de visioconférence autour de son dernier ouvrage sur les anges, pour Le Monde de la Bible. Cet été, il doit donner une conférence et un cours lors d’une université d’été organisée par le Centre Paul-Albert Février à l’archevêché d’Avignon, du 9 au 14 juillet.

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