Metz, 30 mai dernier. Noahm, 19 ans, subit une violente agression homophobe. Il décède trois jours plus tard à l’hôpital. Avignon, le 1er juin. C’est l’ouverture du procès de six personnes poursuivies pour avoir organisé en 2023 plusieurs guet-apens visant des hommes gays, dont un s’est achevé par le meurtre de Mickaël, 30 ans. Troublante coïncidence temporelle, qui illustre la prégnance, en France, de la haine et des préjugés contre les personnes LGBT+.
En 2013, avec la Manif pour tous, l’Église catholique a cautionné et encouragé cette homophobie qui parcourt la société, et dont les religions ont si souvent été un catalyseur. Depuis, nulle demande de pardon, nulle réflexion n’ont été ouvertes par l’institution. En dépit des nombreux travaux et livres parus sur le sujet, en dépit même des signes d’ouverture, toujours légers et conditionnés, du Vatican.
Au niveau familial, la religion est encore trop souvent un carcan, quand elle devrait être une base sur laquelle les jeunes sont invités à déployer leur vie amoureuse et sexuelle. S’émanciper de ce carcan peut être le projet d’une vie, avec son lot de découragements, de culpabilité, de ruptures et parfois de fuite. Le dialogue recueilli par la journaliste Marine Bourrier entre Farah et Younes, en est un témoignage frappant. Younes partage une conviction qu’il a mis beaucoup de temps à mûrir : il est impossible d’être condamné à l’enfer pour avoir aimé.
Le geste qui nous semblait nécessaire, c’est d’abord le récit de vie, le témoignage. Tendre l’oreille, s’intéresser à ces désirs, à ces projets de vie souvent contrariés. Mais nous avons aussi cherché des ressources pour ouvrir des voies d’émancipation, et pour proclamer que désirer et aimer est tellement beau ; qu’un projet d’amour entre deux êtres fait partie du plan de Dieu pour toutes et tous. Les parcours de celles et ceux pour qui la foi et l’amour raisonnent comme de joyeux compagnons en témoignent.
Au cœur de ce dossier d’une cinquantaine de pages, vous rencontrerez une invitée de marque : la liberté. Celle d’aimer, évidemment. Celle aussi de se poser des questions, de ne pas obéir à ses parents, de choisir la chasteté, de changer d’avis. Celle enfin de ne plus vouloir d’amoureux, comme Guillemette, que vous rencontrerez page 40. Son mari Michel est mort en 1977, elle n’est jamais retombée amoureuse depuis. Alors, elle attend une chose : le retrouver au ciel, pour l’embrasser.
Théo Moy, directeur de la rédaction
Cet article est tiré du neuvième numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !




