Il nous a donné rendez-vous au Cercle national des armées, dans le VIIIᵉ arrondissement de Paris. Ancien officier de réserve franco-américain, Nicolas Conquer, 39 ans, y a ses habitudes. « Point particulier d’ordre vestimentaire : baskets et sneakers blanches non autorisées », a-t-il pris la peine de nous préciser. L’ancien cadre de L’Oréal cultive son style de gendre idéal : costume impeccable et foulard à motifs, cheveux peignés, moustache taillée avec soin. De quoi marquer les esprits lors de ses passages sur les plateaux de télévision et de radio.
Ardent défenseur de la politique de Donald Trump, l’homme prédit l’avènement de son équivalent en France. En janvier dernier, il a publié chez Fayard un essai dont le titre ne laisse qu’un léger doute : Vers un Trump français ? Lorsqu’il y évoque le locataire de la Maison-Blanche, sa plume se teinte d’une couleur prophétique : « Les meetings de Trump ne sont pas de simples rassemblements électoraux : ce sont des liturgies politiques », écrit-il.
Fils d’une mère convertie par Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris, Nicolas Conquer se décrit comme un « catho d’élevage », « aîné d’une famille nombreuse ». « J’aspire à la sainteté, nous confie-t-il. Je milite activement pour le Royaume des cieux à ma manière. » Quand on lui parle des interventions militaires intempestives de Donald Trump, l’ex-réserviste répond qu’il n’est « pas du tout un va-t-en-guerre » et, un peu cryptique, qu’il continue de « proclamer les Béatitudes auprès de Trump sur le rôle des artisans de paix ».
Déçu, au début des années 2000, par les néoconservateurs qui prétendaient, autour de George W. Bush, convertir le monde à la démocratie par les bombes, il s’est enthousiasmé la décennie suivante pour le Tea Party, un mouvement populiste, conservateur et libertarien qui a su pour lui « toucher, remobiliser, réintéresser à la politique une grande frange de la population », préludant à l’émergence du trumpisme.
Le Comité Trump France, plus de 95 000 abonnés sur X
En 2019, Nicolas Conquer fait son « premier coming out conservateur » et devient porte-parole de Republicans Overseas France, la seule organisation « reconnue par le Parti républicain » dans l’Hexagone, dont la présidence est assurée par Randy Yaloz, un discret avocat d’affaires né à New York. Selon Nicolas Conquer, cette structure existerait depuis le début des années 2010. Or, son dépôt au Journal officiel date de février 2017, au lendemain de la première investiture de Trump, et son site internet n’a été créé que l’année suivante.
« C’est un ensemble vide. Ils ne servent à rien », tacle Philippe Karsenty, 59 ans, un autre trumpiste français très médiatique. Ancien élu de Neuilly-sur-Seine, cet homme d’affaires a cofondé en 2016 le Comité Trump France, une « création artificielle », explique-t-il, qui rassemble tout de même plus de 95 000 abonnés sur le réseau social X. Celui qui a grandi dans l’Ouest parisien, au sein d’un « milieu familial juif d’Afrique du Nord », se déclare inquiet de la « bascule démographique » que cause l’immigration.
Adepte des thèses de Renaud Camus – il a publié un grand entretien avec lui : 2017, dernière chance avant le grand remplacement (La Maison d’Édition, 2017) –, il est prêt à quitter le pays si la France insoumise ou Dominique de Villepin, qu’il tient pour « antisémites », arrivent au pouvoir. Selon lui, Donald Trump incarne cette « alliance judéo-chrétienne » qu’il appelle de ses vœux. Lié à l’ambassadeur des États-Unis en France, Philippe Karsenty se dit « très ami » avec Nicolas Conquer, qu’il considère comme son « petit frère » : « On a tous plus ou moins le même objectif, c’est de faire en sorte qu’un Trump jaillisse en France. »
Grâce à Republicans Overseas France, Nicolas Conquer est devenu pour les médias le nouveau « trumpiste de service ». Son engagement public lui a valu d’être candidat suppléant pour Reconquête !, le parti d’Éric Zemmour, aux élections législatives de 2022, puis titulaire en 2024 sous la bannière RN-UDR (Rassemblement national et Union des droites pour la République). N’étant pas parvenu à se faire élire, le candidat déçu préfère désormais se consacrer à la « métapolitique ».
Dans la lignée de son essai, Nicolas Conquer vient ainsi de fonder Western Arc. Par cette association qu’il qualifie de « do tank » – par opposition aux think tanks privilégiant selon lui la pensée à l’action –, il souhaite « favoriser un dialogue transatlantique conservateur enraciné », en s’inspirant de « l’Amérique MAGA », l’acronyme de « Make America Great Again », le slogan de Donald Trump en 2016, devenu le nom de son mouvement de soutien.
« Je suis Charlie Kirk »
À ses côtés se sont rangés des trumpistes de la première heure comme Vivien Hoch, docteur en philosophie spécialiste de saint Thomas d’Aquin et cofondateur du Comité Trump France. Western Arc compte produire des notes, organiser des événements, faire du lobbying auprès des parlementaires et créer des fellowships, sortes de bourses d’études permettant des échanges entre la France et les États-Unis, sur le modèle des Young Global Leaders, le programme de la French-American Foundation très fréquenté par les élites politiques, dont les deux derniers présidents de la République.
Le 19 septembre dernier, Nicolas Conquer était un des artisans du rassemblement parisien en hommage à Charlie Kirk, influenceur conservateur et nationaliste chrétien assassiné neuf jours plus tôt en plein meeting et immédiatement érigé en martyr par les trumpistes. Militants identitaires, catholiques traditionalistes ou « pro-vie » : 250 personnes se sont réunies devant la statue équestre de La Fayette – symbole de l’amitié franco-américaine –, dans le VIIIe arrondissement de Paris, pour y scander des formules audacieuses telles que « Dieu, famille, patrie », « Mort à la gauche » ou « Charlie Kirk, nous voilà ! ». Nicolas Conquer, pour sa part, a opté pour le slogan « Je suis Charlie Kirk », osant l’analogie avec l’attentat terroriste commis contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo en 2015.
Les personnalités politiques étaient quasi absentes. « Le RN n’était pas là, mais il y avait quelques zemmouristes », observe le politologue Jean-Yves Camus. Si Reconquête !, Éric Ciotti et Marion Maréchal assument sans complexe leur proximité idéologique avec le trumpisme, Les Républicains et le RN restent sur leurs gardes, notamment depuis la récente escalade militaire. « Les partis sont tétanisés à l’idée d’être associés à Trump », affirme Philippe Karsenty, qui prétend avoir rencontré tous les « grands leaders » des partis de droite, en toute discrétion. « Électoralement, je peux comprendre que des partis soient peu enclins à aller sur ce terrain-là », concède Nicolas Conquer. Le militant relève que seul un Français sur cinq soutient le président américain. Le Donald Trump hexagonal n’est pas pour demain.
Cet article est tiré du huitième numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !





