Pour l’occasion, Juliette, Elsa et Alexandra ont ressorti leurs pancartes du 8 mars. Ce n’est pas tous les jours que l’on propose à ces catholiques lyonnaises de faire la couverture d’un média chrétien et de mettre en lumière leurs slogans féministes. On préfère d’ordinaire les penser marginales, rebelles, excitées. Autant de raisons pour ne pas parler d’elles, et les maintenir loin de l’autel.
En manif, quand l’association Magdala forme son petit cortège, elles suscitent souvent un vif intérêt. Le 8 mars dernier, une dame de la cinquantaine s’est approchée de Grégoire, l’un de ses membres, les larmes aux yeux. L’Église, elle l’a connue plus jeune, puis elle s’en est éloignée. Si elle avait su qu’il existait des chrétiennes et des chrétiens féministes, peut-être se serait-elle sentie moins seule… Mayliss, elle, s’est sentie « moins isolée » en lisant Le Cri, nous a-t-elle écrit le mois dernier. Cette cheftaine scoute s’évertue à créer du lien entre l’Église et ses jeunes et voit son travail sapé par des prêtres qui « continuent de prêcher des discours problématiques sur la place des femmes, ou se montrent plus princes en leur royaume qu’au service de la jeunesse ».
Comme Mayliss, j’ai longtemps ramé pour assumer ma posture de cheftaine intraitable sur les questions de féminisme et de genre, tout en tenant à ce que les jeunes assistent à une messe où la moitié d’entre eux seront mis de côté. J’aurais aimé être outillée pour combattre cette dissonance. Ces ressources existent pourtant, et depuis longtemps. Elles constituent un matrimoine nourri depuis plus d’un siècle par des théologiennes qui ont refusé d’être dépossédées des Écritures. Leurs travaux n’ont jamais été au programme du catéchisme et percent timidement dans les facultés protestantes. L’élaboration de ces théologies libératrices tient aujourd’hui encore à une poignée de chercheurs freinés par leur milieu universitaire et religieux.
L’enjeu ne concerne pas les seules croyantes qui cherchent une doctrine alignée avec leur identité. Penser le féminisme en Église signifie d’abord penser le patriarcat et révéler ses violences. Assumé par le catholicisme, le patriarcat reste insidieusement ancré dans le protestantisme, qui s’est longtemps cru préservé des abus sexuels. À cet égard, l’enquête que nous avons menée en Suisse rappelle qu’avant de chercher à libérer la parole, il faut d’abord libérer l’écoute. Or, des victimes du patriarcat et de celles et ceux qui y résistent, il n’y a qu’à tendre l’oreille pour entendre le cri.
Alix Champlon, journaliste
Cet article est tiré du septième numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !





