Des chrétiens identitaires à la presse généraliste, le sujet est devenu un marronnier pascal : l’Église catholique croulerait sous les demandes de baptêmes d’adultes. Pour les plus enthousiastes, c’est vite vu, voici enfin venue la rechristianisation. « On est en train d’arriver de l’autre côté de la déchristianisation », s’est ainsi réjoui l’influenceur dominicain Paul-Adrien d’Hardemare sur Instagram (320 000 abonnés), avant d’ajouter : « Dieu a décidé que c’était en France qu’il allait souffler et vous êtes au cœur de la tempête. »
Pourtant, cette « tempête » ne résiste pas à un examen rigoureux des chiffres. Il y a, c’est tout à fait juste, une augmentation récente des demandes de baptêmes d’ados et d’adultes. Pour les adultes, 60 % d’augmentation entre 2015 et 2025, de 3 000 à 10 000 catéchumènes, comme on appelle ces nouveaux venus. Une augmentation exceptionnelle, qui justifie les discours les plus triomphalistes. Mais ce phénomène est très secondaire par rapport aux tendances lourdes : entre 2000 et 2019, on a perdu 200 000 nouveaux baptisés annuels.
Cette augmentation récente trouve quelques explications rationnelles. Il y a d’abord un effet de rattrapage : puisqu’on baptise des centaines de milliers d’enfants en moins, il n’est pas surprenant que quelques milliers d’ados et d’adultes fassent cette démarche ! Des personnes avec le même parcours de foi il y a trente ans auraient été baptisées à la naissance.
Il y a aussi un attrait de la foi auprès de celles et ceux qui en étaient éloignés. C’est un phénomène difficilement mesurable, dont on perçoit cependant le contexte : besoin de repères dans un monde inquiétant, soif de spiritualité… Des grands-parents transmettraient ainsi à leurs petits-enfants curieux une foi que leurs parents avaient rejetée. Le regard porté sur la religion est en train d’évoluer. De notre petit observatoire au Cri, on voit arriver à la foi chrétienne des personnes qui en étaient effectivement éloignées.
Nous partageons la joie de voir que le témoignage du Christ touche de nouvelles personnes. Mais méfions-nous de ces discours triomphalistes. Car si l’on peut mesurer le nombre de baptisés chaque année à Pâques, on ignore quelle est la suite de leur parcours. L’Église s’intéresse peu à tous ceux qui la quittent, ce cortège d’humiliés où l’on croise les croyants LGBT+, des divorcés remariés ou de simples laïcs échaudés par le discours des curés.
La fin du catholicisme majoritaire dans la société française est une réalité qu’aucun chercheur ne conteste. Tout discours qui prétend le contraire a forcément un mobile politique. Pourquoi faudrait-il être si nombreux ? Souvent, la réponse est à chercher du côté d’une inquiétude civilisationnelle : un chrétien, c’est un musulman de moins. La déchristianisation a désarmé l’Église, qui a bien plus de mal à frayer avec les puissants. Je n’ai pas honte de m’en réjouir.





