Mai 2025. Le Vatican enterre un pape et attend son successeur. Sur Truth Social, le réseau imaginé pour le relier directement à ses soutiens, Donald Trump publie une image générée par IA. Il y est représenté en pape. Depuis le début de son second mandat, le président semble se rêver en théocrate. « Je pense que Dieu est très fier de mon boulot », a-t-il lâché en janvier dernier. Outre-Atlantique, Trump et Vance puisent dans les nouveaux penseurs du nationalisme chrétien une théologie de domination.
Cette génération se compose d’essayistes, de juristes, de communicants, d’avocats, d’historiens. Catholiques ou protestants, ils partagent une vision du christianisme comme un ordre derrière lequel doit se ranger la société. En quelques décennies, ils ont imposé le nationalisme chrétien comme nouvelle matrice du camp républicain. Et leur doctrine trouve un écho en Europe.
Mais ces trumpistes invétérés découvrent un coriace adversaire en la personne de Léon XIV. Ces derniers mois, le pape multiplie les déclarations pour dénoncer les ingérences américaines. Il critique aussi ceux qui bénissent le nationalisme, un « blasphème ». Les sorties de Vance jugeant que le pape devrait « faire preuve de prudence » sur les questions théologiques, comme celles de Trump estimant Léon « nul en politique étrangère » ont reçu une réponse cinglante : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de parler haut et fort du message de l’Évangile. »
Dans le dossier de ce huitième numéro du Cri, nous vous proposons une plongée inédite dans cette idéologie méconnue. Entretien de fond, portraits acérés, décryptage de leurs références, exploration de leurs ramifications en Europe : huit articles pénètrent dans l’esprit de ces idéologues qui murmurent à l’oreille de Trump, pour mieux les combattre. Un travail de longue haleine, notamment mené par les journalistes indépendants Grégoire Laurent et Mikaël Faujour, que nous sommes fiers de publier.
À la Maison-Blanche, la stratégie semble être la fuite en avant. En janvier, lors d’une convocation du nonce apostolique devant le sous-secrétaire américain Elbridge Colby, les représentants du gouvernement Trump auraient multiplié les menaces, évoquant même la mémoire de la papauté d’Avignon, soit l’idée d’un pontife inféodé au pouvoir politique. En dépit des démentis, cet épisode témoigne de la profondeur de la crise ouverte par le président et ses soutiens. Quiconque se dresse devant eux devient un ennemi à écarter, dominer ou abattre. Mais sur leur chemin, ils trouveront un pape, un candidat démocrate au Texas et un paquet de chrétiens joyeux et radicaux.
Théo Moy
Cet article est tiré du huitième numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !





