M

Newsletter

Tous les jeudis à 7h. Désinscription en un clic.

Tous les numéros

Qui sommes-nous

Contact

Réseaux sociaux

Informations

Mentions légales

Le Cri, le média Chrétien, radical et joyeux

Rosalía, apôtre millennial de la pop céleste 

Star internationale, Rosalía, 33 ans, s’inspire autant des drag-queens que des philosophes. Dans « Lux », son surprenant album sorti le 7 novembre, la chanteuse démontre une incroyable maîtrise des codes du christianisme… jusqu’à citer Simone Weil !

Publié le 5 Jan 2026

Par Laetitia Raynaud 

Voilée de blanc, elle ferme les yeux. Sur l’expression recueillie de Rosalía brille une lueur. C’est la pointe du curseur que l’on déplace sur le site lancé pour sa dernière sortie, qui la nimbe d’une lumière divine. 

Le 7 novembre, Lux (« lumière », en latin), quatrième album de la star espagnole de 33 ans, a ému le monde entier. Avant même son lancement, l’épure de sa pochette faisait couler l’encre et dire à certains, peut-être hâtivement, que Rosalía avait accompli une volte-face artistique vis-à-vis de Motomami (2022), son précédent disque où, en Vénus moderne, elle posait nue, vêtue d’un casque de moto. Trois ans plus tard, Lux ne relève pourtant pas d’une incohérence, mais confirme son immense talent pour le syncrétisme. 

Un Nazaréen en skateboard 

Espagne, 2017. Rosalía Vila Tobella signe un premier disque évocateur, Los Ángeles, qui traduit la formation flamenco qu’elle a reçue à l’École supérieure de musique de Catalogne. « J’ai mesuré à quel point cet art est le résultat de plusieurs cultures, entremêlées […]. C’est une communion », témoigne-t-elle au Monde en 2022. Car si, en Andalousie, le flamenco peut accompagner le culte, il n’est pas un genre religieux en lui-même. Los Ángeles croise ainsi avec habileté les mélodies gitanes et les références chrétiennes, comme dans la chanson « El Redentor », qui décrit la Passion du Christ. 

Cette diversité des influences ne quitte plus l’autrice-compositrice. Un an plus tard, les signes bibliques abondent dans le clip de l’emblématique « Malamente ». Mais dans une version « millennial », comme l’estime le linguiste hispanique César Ruiz Pisano de ses premiers albums : mater dolorosa tatouée sur un apprenti torero, descente de croix grâce à un chariot élévateur, passage en skateboard d’un Nazaréen, ce membre d’une confrérie participant à la Semaine sainte en Espagne… 

Quant au visuel du second album de Rosalía, El Mal Querer (2018), il est « un bon exemple de son style, présentant l’artiste telle une Vierge Marie nue en pleine Ascension, couronnée d’un cercle d’étoiles, d’une colombe blanche (le Saint-Esprit) et encadrée par une chaîne d’or à la manière d’une couronne d’épines faite de bijoux gitans (et sans épines) », écrit César Ruiz Pisano dans son article consacré aux « (Ré)inventions iconiques de Rosalía » (2021). Et le linguiste d’ajouter : « Ce symbolisme écrasant a une portée universelle. » 

Célèbre en Europe, la Catalane est surtout l’emblème de toute une génération hispanophone. Rythmes du Panama, de Cuba, de Porto Rico… Rosalía séduit un large public en Amérique latine, concentrant une forte densité de chrétiens susceptibles de goûter cette grammaire religieuse actualisée. 

Féministe, poète, philosophe 

Rosalía peut-elle rendre grâce dans certains morceaux et chanter l’érotisme dans d’autres ? Quand Lux a été annoncé, certaines critiques outrées ont dénoncé une incohérence, voire une provocation de l’artiste. Revendiquant une parole féminine libérée, Rosalía soutient également les luttes de la communauté LGBT+. Dans « Saoko », titre inaugural de Motomami, elle rend hommage à la capacité de transformation des drag-queens. « Accepter le changement, c’est accepter la contradiction […]. Être humain, c’est être contradictoire », indique-t-elle à Genius Media en 2022. « Il y a autant de façons d’aimer que de formes de savoirs incarnés », soutient pour sa part la théologienne Lisa Isherwood dans Dieu·e : christianisme, sexualité et féminisme (L’Atelier, 2023). À ce titre, le premier couplet de « Sexo, Violencia y Llantas », en ouverture de Lux, offre une magistrale leçon aux censeurs : « Aimer d’abord le monde, puis aimer Dieu », chante l’artiste. 

« Habemus album », postait Rosalía sur ses réseaux, le 20 octobre, triomphante. Les quatre mouvements du disque, enregistré pour partie avec L’Escolania, la chorale liturgique de l’abbaye de Montserrat, symbolisent-ils ceux d’une symphonie classique ? Ou bien de la messe ? Là encore, l’interprétation reste ouverte. Et c’est dans cette quête de sens que l’artiste rejoint son public, s’étant abondamment nourrie de la vie des saintes pour écrire – Jeanne d’Arc pour le titre « Jeanne », par exemple. 

On n’aurait pas trop d’un Avent pour déplier toutes les inspirations hagiographiques de Lux. Contentons-nous de souligner la puissance de « Mio Cristo piange diamanti » où, dans un italien lyrique, Rosalía console le Christ de son chagrin : « Mon roi de l’anarchie / Mon étoile imprudente préférée / […] Je te porte toujours. » Ou bien l’humour avec lequel elle s’imagine omnisciente dans « Dios es un stalker ». 

Quant à l’orchestral « Berghain », il révèle une énième mutation de la Catalane, épique cantatrice d’opéra torturée par son cœur sanglant se muant en colombe. Hybris d’une musicienne tentée de se représenter sous des traits divins ? « Aucune femme n’a jamais prétendu être Dieu », rappelle la poète musulmane Rabia al-Adawiyya, dont les mots sont gravés sur le disque. « L’amour n’est pas une consolation, c’est une lumière », lui répond, en face, la philosophe Simone Weil. Et Rosalía, que dit-elle ? Mille et une choses dans ce nouvel album où résonnent treize langues et dont la musique est une modernisation audacieuse de l’imaginaire sacré. Mille choses résumées en un mantra, inscrit dans la portière de sa Ford Raptor : « Je suis aux commandes, Dieu me guide. » 

Cet article est tiré du second numéro du Cri. Pour découvrir notre magazine, plus d’hésitation, abonnez-vous !

À lire aussi

International

À Farkha en Cisjordanie, la vie sous la menace des colons 

Dans ce village écolo du sud de Naplouse, on se méfie des élites palestiniennes comme du gouvernement israélien. Depuis le 7 octobre 2023, l’étau des colons se resserre sur les villageois communards à l’avenir incertain. 

Religions

« Tout ce que l’Église m’a dit sur l’homosexualité s’est écroulé » 

Guillaume a embrasse un garçon pour la première fois alors qu’il était au monastère. Une rencontre qui a bouleversé sa vie. Témoignage.

Agriculture

« Ça fait 10 ans que je suis paysan et j’ai envie de tout arrêter » 

Alors que des paysans se mobilisent contre l’abatage de 200 vaches dans l’Ariège, Le Cri publie ce texte envoyé par Mathieu Yon à la rédaction. Maraîcher depuis dix ans et auteur de « Notre lien quotidien » (Nouvelle Cité, 2023), il confie ses doutes sur l’avenir de sa profession et son désir de tout arrêter.

Politique

Clémentine Autain : « Quand ma mère est morte, j’ai eu besoin de Dieu »

Députée de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain se rêve en figure de proue de la gauche pour 2027. Elle est aussi l’autrice de « Dites-lui que je l’aime » (Grasset, 2019), adapté au cinéma par Romane Bohringer. Sorti le 3 décembre, ce film évoque sa mère, la comédienne Dominique Laffin. Alcoolique et maltraitante, elle est décédée brutalement en 1985 alors que sa fille n’avait que 12 ans.

Édito

Viser la une : l’édito du n°2

Quand nous avons lancé l’idée d’un dossier sur l’agriculture, il y a quelques mois, on n’avait pas trop pensé à notre couv. Dans cet édito, on vous raconte comment on est arrivés à cette œuvre d’art !

Culture

Elizabeth Tabish de « The Chosen », une actrice chrétienne dans l’Amérique de Trump 

Dans un rôle sur mesure, celui de Marie de Magdala, l’actrice Elizabeth Tabish éblouit dans « The Chosen ». Le succès de cette série américaine sur la vie de Jésus l’a poussée à sortir du bois : aux États-Unis, tous les chrétiens ne sont pas trumpistes. Rencontre.

Culture

Javier Cercas : « Peut-être que le Christ riait et que les apôtres ne nous l’ont pas raconté » 

Le dernier livre de Javier Cercas parle du pape François. C’est sur une proposition du Saint-Siège que l’auteur espagnol l’a écrit. Mais il a mis une drôle de condition à ce défi, pouvoir poser cette question au souverain pontife : « Ma mère reverra-t-elle mon père après la mort ? » Au cœur de la foi chrétienne, cette énigme a poussé l’écrivain à se défaire de ses préjugés et à se réconcilier avec le christianisme, forcément révolutionnaire. 

Culture

Guillaume Meurice : « Je suis un athée curieux » 

Il vit à Rennes, et on le rencontre à la gare Montparnasse, à la sortie d’un train. Voici Guillaume Meurice, une voix incontournable des fréquences radio. Humoriste, journaliste, cet animal hybride au cœur tendre cosigne un spectacle avec l’astrophysicien Éric Lagadec, « Vers l’infini (mais pas au-delà) ». C’est le moment rêvé pour s’envoler avec lui dans un entretien spiritualité !

Chronique

Tu connais le concept ?

Tout transformer en concept pour le vendre mieux et plus cher : c’est la grande mode chez les entrepreneurs sortis d’école de commerce, et le premier sujet de chronique de Manon Rousselot-Pailley dans Le Cri.

Religions

« L’espérance est la source de notre Cri » : l’édito du 1er numéro

Découvrez l’édito du premier numéro du Cri, en kiosque ce jeudi 30 octobre.

Culture

Quand les hérésies refont surface

Dans son dernier livre, Denis Moreau montre comment des hérésies que nous pensions disparues surgissent en fait dans notre monde. Passionnant.

Culture

Un tueur peut-il devenir un saint ? ­

Sur la couverture du dernier livre de Nicolas Framont, le tueur Luigi Mangione est représenté avec une auréole. Un tueur identifié à un saint ? L’affaire est un peu plus complexe que ça.

Voir tout

Newsletter : Pour suivre et recevoir l’actualité du Cri

Une newsletter pour ne rien rater de nos meilleurs contenus gratuits, et suivre les nouvelles du Cri !