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Dans l’Evangile de la révolution, la théologie de la libération reprend vie

Dans le documentaire L’Évangile de la révolution, François-Xavier Drouet raconte les grandes heures de la théologie de la Libération et explore son héritage. Saisissant.

Publié le 29 octobre 2025

Dès les premières minutes de L’Évangile de la révolution, documentaire tout juste sorti en salles, le réalisateur se confie. François-Xavier Drouet n’est pas croyant, et, ancré à gauche, il a même longtemps considéré que la religion était l’opium du peuple. Dans ce documentaire vibrant et sensible, c’est pourtant à travers son regard que se donne à voir un christianisme de libération. À la fin du XXe siècle en Amérique latine, ce mouvement a tenté de rendre concret l’appel des textes bibliques à la libération des pauvres et des opprimés, et s’est traduit par un fort engagement des chrétiens dans les luttes sociales et politiques du continent.

Au Salvador, au Nicaragua, au Brésil ou encore au Mexique, les images du film donnent vie à ce mouvement qui a marqué durablement à la fois le christianisme et les luttes politiques. Car c’est là la grande originalité de ce documentaire : plutôt que de développer les idées structurantes de ses théologiens dont les noms – Gustavo Gutiérrez, Leonardo Boff ou Jon Sobrino – sont déjà connus, François-Xavier Drouet donne la parole à des acteurs et actrices méconnus de ces mouvements sociaux – militants, catéchistes ou simples curés – qui ont vécu leur engagement social et politique comme une conséquence naturelle de leur foi au Jésus des Évangiles.

Un prêtre au mégaphone

Dans de saisissantes images d’archives, on voit un prêtre en étole criant devant une foule au mégaphone que « la terre appartient à tous », un autre exécutant des pompes dans un camp de la guérilla au Salvador, ou encore des manifestants brandissant des rameaux d’oliviers en réclamant une réforme agraire au Brésil. Pour qui aura quelques idées abstraites de la théologie de la libération, le film montre enfin ses visages concrets, mais aussi la créativité de sa culture populaire, ses couleurs et ses fresques représentant des paysans portant la croix du Christ, et ses chants joyeux qui célèbrent « le Dieu des pauvres, humble et simple, qui transpire dans les rues, le Dieu au visage tanné ».

Il témoigne de la manière dont l’Évangile a été une ressource dans la résistance aux dictatures, sans éluder les dilemmes auxquels ont fait face certains chrétiens : faut-il suivre les opprimés dans leur lutte jusque dans la violence révolutionnaire ? Leur histoire est aussi tragique, comme en témoignent les nombreux prêtres, religieux et catéchistes assassinés par les gouvernements dictatoriaux.

Tensions avec Jean-Paul II

Des images inédites captent la tension entre le Vatican et la théologie de la libération à l’époque. Ainsi de la visite de Jean-Paul II au Nicaragua en 1983 après la révolution sandiniste, où celui-ci, le visage dur et courroucé, tance la foule et lui demande le silence. Celle-ci, indocile, tend des banderoles avec inscrit « entre christianisme et révolution, pas de contradiction » et scande « pouvoir populaire ».

Si le réalisateur confesse ne pas être devenu chrétien à l’issue de son documentaire, il envie la foi de ces militants, capable de « déplacer les montagnes ». Et donne à réfléchir sur les convergences entre la mystique chrétienne et celle des révolutionnaires. 

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